Hôtels fantômes

Tati

Yale Joel. « Jacques Tati looking at a sculpture ». MoMA sculpture garden 1958

Enfants, nous sommes sensibles au mystère : boîtes closes, des chuchotements derrière les portes fermées, cette chose qui bouge là-bas dans les arbres, l’attente dans chaque intervalle entre deux réverbères, mais à mesure que nous grandissons, tout devient trop explicable, la capacité d’inventer d’agréables dangers diminue : c’est dommage ; dans toute notre vie, nous devrions croire à des hôtels-fantômes.

Truman Capote, « Une maison des Hauteurs ». Traduction Céline Zins. Gallimard.

Sook et Truman – Un souvenir de Noël

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Sook et Truman Capote

Une femme aux cheveux blancs coupés court se tient devant la fenêtre de la cuisine. Elle porte des souliers de tennis et un informe sweater par-dessus sa robe d’été en calicot. Elle est petite et combative comme une poule bantam, mais, en raison d’une longue maladie dans sa jeunesse, ses épaules sont pitoyablement bossues. Son remarquable visage n’est pas sans ressembler à Lincoln, aussi raviné, aussi coloré par le soleil et le vent. Mais il est délicat aussi, avec une fine ossature, et ses yeux sont couleur sherry et timides. « Pauvre de moi, s’écrie-t-elle, son souffle enfumant la vitre. C’est un temps à faire les cakes aux fruits. »

La personne à laquelle elle s’adresse, c’est moi. J’ai sept ans, elle en a soixante et plus. Nous sommes des cousins très éloignés, et nous avons vécu ensemble… eh bien, autant que je puisse m’en souvenir. D’autres personnes habitent la maison, des parents, et, bien qu’ils exercent leur autorité sur nous, et que fréquemment ils nous fassent pleurer, nous ne sommes pas trop, dans l’ensemble, conscients de leur présence. Nous sommes le meilleur ami l’un de l’autre. Elle m’appelle Buddy en souvenir d’un petit garçon qui fut autrefois son meilleur ami. Cet autre Buddy est mort en 1880 quand elle était encore enfant. Elle est restée une enfant.

 

Un souvenir de Noël – Truman Capote (1980) – Traduction Germaine Beaumont. 

A suivre….

 

 

Monsieur Maléfique, le voleur d’âmes

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Truman Capote par Carl Van Vechten – 1948

Mais la plupart des rêves commencent parce qu’il y a en nous des furies qui soufflent et défoncent tous les murs. Tu vois, je ne crois pas en Jésus-Christ, mais je crois que les gens ont une âme, et je me l’imagine comme ça : les rêves sont l’esprit de l’âme et ce qu’il y a de plus vrai en nous. Quant à M. Maléfique, sans doute qu’il n’a pas d’âme, alors il grignote, miette par miette, celle des autres, il les vole, comme il volerait tes poupées ou l’aile de poulet dans ton assiette. Des centaines d’âmes sont passées entre ses mains pour finir dans un fichier.

Monsieur Maléfique (1949) – Truman Capote. Traduction Serge Doubrovsky. 

Truman Capote n’a que 25 ans quand il écrit cette nouvelle d’une incroyable lucidité sur notre monde. Notre monde, car des Messieurs Maléfique il en court malheureusement plein les rues.

Cercueils sur mesure @ Truman Capote

Jake Pepper, ami de T.C., enquête depuis de longs mois sur une série de meurtres pour le moins glaçants et implacables. Toutes les victimes ont reçu quelque temps avant de mourir,  de façon aussi violente qu’imaginative,  un petit cercueil renfermant une photo, un instantané qu’ils ne connaissaient pas pour la plupart, une photo volée…

La police fédérale décide de ne pas ébruiter l’affaire et charge ledit Pepper d’enquêter le plus discrètement possible. Mais l’enquête s’enlise, Pepper  a pourtant bien l’intime conviction  de connaître le meurtrier, un notable des plus influents de la ville, un intouchable donc. Mais il n’arrive pas à le coincer, l’homme est aussi fuyant qu’un poisson de rivière, le genre malin, retord et rusé.

Pepper appelle alors son ami T.C., lui rapporte les faits, ce dernier décide le rejoindre dans cette petite ville de l’Ouest pour tenter de l’aider ou tout du moins se faire une opinion.

T.C. sera aussitôt embarqué, comme envoûté, cette histoire le ramène à son passé. Un seul regard a suffi. Les yeux bleu gris d’un homme, la fixité et la folie d’un regard.

Le récit est court, dense, rondement mené, parfois semé de correspondances, de lettres envoyées, de fâcheries, le temps s’écoulant inégalement au rythme frustrant d’une enquête qui piétine, au rythme du pervers psychopathe qui tire les ficelles, car oui, le tueur en série les mène tous par le bout du nez… Et Pepper comme T.C. n’en voient pas l’issue.

Truman Capote dissèque les recoins de l’âme, les clairs et les obscurs avec la dextérité d’un chirurgien. Rien ne lui échappe et c’est tout simplement captivant (et diablement intelligent.)

Un extrait ICI

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Sur le tournage des Misfits

« Oui, son visage était abîmé mais sa silhouette, mise en valeur par une robe de jersey gris moulante, était très acceptable, pas mal du tout en vérité, et elle se comportait comme si cette silhouette avait été sensationnelle : rivale de la star de cinéma la plus sexy imaginable. Le balancement de ses hanches, les mouvements souples de ses seins épanouis, sa voix de contralto, la fragilité des gestes de ses mains : ultra-séduisante en tout, ultra-féminine sans être efféminée. Son pouvoir résidait sans son attitude : elle paraissait se croire irrésistible ; et quelles qu’eussent été les occasions dont elle avait pu profiter, le style de cette femme impliquait une histoire érotique complète avec notes en bas de page.« 

A propos de Addie, la femme aimée de Jake, Cercueils sur mesure, Truman Capote.

Dolls’ Houses

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Source : Les petits fantômes du passé

It is an old story, and for some a sad one that in a sense these childish toys are more to us than they can ever be to children. We never know how much of our after-imaginations began with such a peep-show into Paradise. I sometimes think houses are interesting because they are so like  dolls’ houses and I am sure the best thing that can be said for many large theatres is that they may remind us of little theatres.

G.K Chesterton (cité en préface au magnifique livre de Vivien Greene , English Doll’s Houses.) )

Dix ans…

Mitsou a ouvert ce blog avec Prévert, il ya exactement de cela 10 ans ! Elle avait 1 an et quelques mois, un pelage de jeune chien (pas encore frisé !) et déjà elle occupait une place de choix dans notre famille. c’est toujours le cas, avec dix ans de plus…

A échelle d’un chien, 10 ans, c’est beaucoup, même si je crois que pour elle en fait, mis à part quelques soucis et autres tracas, rien n’a vraiment changé.

A échelle d’enfant, c’est encore plus impressionnant (les centimètres acquis dépassent tout entendement, bientôt ils seront plus grands que nous, leurs parents).

Donc dix ans, c’est beaucoup, même si tout cela m’a semblé, lorsque je me retourne, extrêmement rapide. Et pourtant, tant de choses. Et beaucoup de livres, beaucoup plus qu’il n’en figure entre ces pages.

Dix ans, c’est une vie miniature.

Et entre les lignes au final, beaucoup de ma vie.

A suivre.!